Souvenirs du Trollball

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Souvenirs du Trollball

Message  Marou le Ven 13 Juil - 9:56

Bonjour,

Les propos qui vont suivre ne feront pas l’unanimité (et c’est normal).

Du temps où j’en faisais jusqu’à présent, le Trollball m'a toujours laissé un sentiment et un souvenir antipathiques, sans que je comprenne bien pourquoi. Après réflexion, j’ai trouvé mes raisons et viens vous en  faire part.

Premièrement, le Trollball (celui que j’ai connu à Metz) n'est pas un sport. Il n'en a ni les vertus physiques, ni le cadre indispensable.

Quiconque s'est déjà essayé à un véritable sport physique, que ce soit l'escalade, la boxe, la course à pied, etc. réalise que ce dernier requiert un certain montant d'investissements, d'efforts, voire de sacrifices. Par exemple, à un niveau élémentaire, lorsque vous allez faire du sport, vous vous changez. Au Trollball, ce n'est même pas nécessaire, vous pouvez venir en jean – notamment parce qu'il n'est pas nécessaire de suer. Le Trollball est au sport ce que le MacDonald's est à la nutrition : vous Venez comme vous êtes, mais votre corps ne va pas en tirer beaucoup de bienfaits.

A l’inverse du sport, il n'y a aucune notion de dépassement de soi au Trollball : vous ne vous comparez jamais à ce que vous étiez avant, vous n’avez aucun défi à surmonter, vous ne cherchez certainement pas à améliorer votre forme physique (cela passerait par des efforts réels), ni même forcément à l'entretenir (cela passerait par des efforts tout court).

Non seulement le Trollball n'encourage pas l'effort physique, mais encore le restreint-il. Ceux qui essaient en effet de s'investir physiquement dans le Trollball échouent lamentablement, souvent dans l’incompréhension totale. C'est qu'ils ne réalisent pas qu'en dehors de pointes de sprint très occasionnelles, il n'y a simplement pas besoin d'un corps entraîné : il suffit d'un peu d'habileté pour agiter sa tige de latex (de préférence en carbone – mentionnons la confusion des règles au sujet du matériel et les inégalités qui en résultent). « Un peu d'habileté » n'est pas ici une formule exagérée, car il s'agit de toucher - une caresse suffit - l'adversaire avec l'extrémité de son outil, le tout en se servant d’une palettes de manoeuvres réduites (tête interdite, pas d'estoc, notion de parade relative – les outils en latex/carbone ne sont pas conçus pour de véritables chocs d'armes –, etc.).

Aussi, et c'est un point crucial, le Trollball est une activité dont la condition éliminatoire principale est un contact léger sur le vêtement. Or, quiconque dans un état d'effort physique réel, avec la concentration requise, n'a, la moitié du temps et de bonne foi, absolument pas conscience des chatouillis sur sa tenue, qu’ils soient le produit du vent ou d’une pointe en latex.

Comment peut-on prendre au sérieux une activité où, si l'on s'implique mentalement et physique, l’on ne réalise même pas – plus exactement, l’on ne peut pas réaliser – lorsqu'on perd ? Il faudrait un arbitrage vidéo, ou des arbitres formés à repérer les frôlements (ce qui n'existe pas).

Cela explique en bonne partie les nombreux litiges, les « invincibilités » reprochées, les touches auxquelles on a du mal à croire, etc. Non, tout n'est pas du fait de la mauvaise foi du méchant compétiteur : c'est justement parce que ledit compétiteur aime le Trollball, et tente de s'y investir, qu'il se retrouve dans un état de concentration le rendant moins à même de sentir la fatale tapounette.

De l'autre côté du spectre, ce contexte d'incertitude autour des touches favorise les signalements sociaux de type « Je suis un joueur fair-play ». Ainsi, quand un joueur « fair-play » croit qu'on l'a touché, ou que son adversaire croit qu'il l'a touché, ou qu'une brise sifflant un peu fort l'a touché depuis un angle mort, il met le genou à terre dans un geste chevaleresque. Cette abnégation est évidemment bien perçue par l'opposant, heureux qu’on lui mâche le boulot, et réchauffe le cœur des autres joueurs « fair-play », qui constatent alors que le terrain n'est pas qu'à la merci d'odieux compétiteurs qui, parce qu'ils sont compétiteurs, trichent en ignorant les touches.

Seulement, pour qu'il y ait du fair-play, il faut que le jeu soit fair, c'est-à-dire juste, carré, exact. Or, dans la confusion des règles diverses et l'impossibilité fréquente de réaliser qu'on s'est fait toucher, surplombés par une absence d'instance arbitrale sérieuse, il n'y a rien de fair dans le Trollball. En vérité, la personne qui met un genou à terre sans avoir été touchée et celle qui continue de courir en l'ayant été sont toutes les deux dans le même cas : elles ne jouent pas vraiment au Trollball, pour la simple et bonne raison que le Trollball est une activité dont certaines de ses règles (vitales) sont pragmatiquement injouables.

Venons-en au second point : le Trollball est une activité de vanités.

On vient, on se déguise, on se prend pour son propre héros l'espace d'une heure ou deux, en espérant briller sur les photos et vidéos de l'occasion, puis l’on voit et l’on revoit ses prouesses sur Facebook.
On a sué un peu, donc on a l'impression de faire du sport. Or, on est toujours resté dans notre zone de confort, parce qu'on venait pas là pour se casser en deux de toute façon (et qu'on était déguisé). Mais on est très content de soi, parce qu'on a bougé.
Si, dans la pratique d'un véritable sport, l'on ressent aussi ce mélange de fierté narcissique, au moins ce dernier est-il justifié par des efforts pénibles et bien réels. Le Trollball n'ayant aucun impératif physique ou compétitif, se féliciter de la moindre gouttelette de sueur, sans avoir rien accompli de significatif, ni envers son propre corps, ni par rapport à un jeu dont les règles sont caduques, est complètement vide de sens.
Pareillement, se congratuler à propos d’un prétendu jeu d'équipe est inepte, le Trollball permettant un niveau stratégique minimal. Au mieux, on court un peu plus ou un peu moins, ou alors on varie le jeu de passes en fonction de l'humeur de l'équipe, ou de l'occasion du moment, ou de la force du vent, ou parce qu’on a envie de jeter quelque chose en l’air. Accessoirement, la tête de troll (la “balle” qu’on lance) change de forme et de poids d'une partie à l'autre, participant au caractère inégal – et chaotique – du matériel, et donc des conditions de jeu.


Que reste-t-il alors pour cette activité qui prétend être sportive, tolère très mal l'esprit de compétition, et maintient à grand peine l'illusion d'être une activité physique ? L'occasion sociale.

Le Trollball est le moyen pour chacun de se déguiser pour se retrouver, déconner ensemble, taper du latex sur le terrain parce que c'est marrant, de passer un excellent après-midi en renforçant les liens de l'amitié autour d'une activité commune et aimée de tous, qui fait la promotion d'un esprit de communauté et... Non, pas toujours. Pas souvent.
A dire vrai, se déguiser est surtout fait pour se mirer dans le miroir (ou sur Facebook) et recevoir les compliments d'autrui. Quant au fait de se taper dessus au latex dans la bonne humeur et pour souder une communauté, on sait que latex et bonne humeur ont du mal à coexister au-delà du premier quart d'heure (au Trollball. Les sadomasochistes s'en accommodent beaucoup mieux, eux). Concrètement, le Trollball a plus souvent joué le rôle de pomme de discorde que d'unificateur.
Enfin, si l’on veut se retrouver ensemble, on peut tout aussi bien le faire en se programmant une balade en nature. C’est presque la même chose, à ceci près que durant une balade, c’est le paysage qu’on prend en photo (et pas soi-même dans son joli costume) et que, ne faisant que marcher (au lieu de s’agiter sur un terrain), on ne fait que parler et on réalise alors à quel point peu de discussions sont vraiment intéressantes. Sans leur costume et leurs gadgets, les gens, y compris soi-même, perdent beaucoup de leur superbe. D’ailleurs, pour ce que cela vaut, une bonne promenade équivaut physiquement à une session de Trollball.

Alors, quelles sont les raisons possibles de faire du Trollball ?
° Se convaincre (à tort) qu'on fait « du sport »
° Répondre à un besoin narcissique de cosplayer
° Pour certains, constituer, avec sa bande de bons potes, le noyau dur de la communauté et jouir tranquillement de sa position sociale centrale
° Retrouver des connaissances qu'on apprécie un peu, mais pas trop
° Ne rien avoir d'autre à faire (ce qui est plutôt inquiétant).

Tout cela n’est évidemment pas mauvais en soi. Chacun a le droit de s’amuser comme il l’entend et chaque loisir n’a pas pour finalité d’offrir un sens à la vie. Cependant, il arrive que l’on s’aveugle sur les mérites réels de ses occupations ; et de l’illusion à la prétention, il n’y a qu’un pas.

Marou

Date d'inscription : 28/01/2013
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